Question à Alexandre Couprie, contrôleur de gestion Supply Chain dans l’Agro-alimentaire

Dans cette nouvelle rubrique, nous abordons une question soulevée dans l’interview à laquelle nous proposons l’avis d’un expert. 

Aujourd’hui, Alexandre Couprie, contrôleur de gestion Supply Chain dans l’Agro-alimentaire, nous donne sa vision de la Supply chain. La Supply chain est-elle toujours autant le parent pauvre des budgets d’entreprise??

Bonjour Alex,

1/ la supply Chain est encore parfois décrit comme le parent pauvre des budgets d’entreprise.
Comment expliquer cela ?

En effet, il est vrai que les budgets alloués à la supply chain sont significativement moindre que les budgets d’autres métiers de l’entreprise. Mais cela n’est pas choquant.
D’abord d’un point de vue pragmatique, la supply chain est un centre de coût ainsi la seule façon pour elle de contribuer à la bonne santé de l’entreprise réside dans la réduction des coûts.
Ensuite je ne pense pas qu’il soit pertinent de comparer les enveloppes budgétaires des différents métiers de l’entreprise.
Il est compréhensible que certains métiers aient des budgets plus importants que celui de la supply chain. Prenons l’exemple du budget industriel : une compagnie, pour être performante, se doit d’être innovante et cela engendrera des besoins en investissements. Ainsi un budget industriel intègrera de lourds CAPEX (Capital Expenditures) et sera par conséquent plus important qu’un budget supply chain. Je dirais donc que le fait que la supply chain ait un budget plus faible que les autres métiers ne signifie pas qu’il s’agisse du parent pauvre de la société.
En revanche il faut bien dimensionner ce budget afin que la supply chain soit en mesure de mener à bien sa mission. Que se passerait-il si une entreprise dépensait des millions d’euros en R&D, en investissements productifs, en développement de packaging, en publicité et négligeait de mettre des moyens en supply chain ?

La supply chain n’est pas un centre de profit mais si elle est défaillante faute de moyen, l’ensemble des efforts fournis en amont se transforment en pure perte.La supply chain a par conséquent deux rôles à jouer. Le premier : transformer l’essai en faisant que le client puisse avoir accès au produit (et cela nécessite des ressources). Et le second rôle de la supply chain est de faire preuve de créativité afin de le faire à moindre coût en générant des savings.

2/Ok mais alors, pourquoi ne pas considérer que les économies générées par la SC sont des profits ?
Pourquoi ne pas valoriser les performances de la SC en restituant cet argent à la supply chain plutôt que dans le financement d’autres départements de l’entreprise ?

Considérer les économies réalisées par la supply chain comme des profits ne me parait pas être une bonne chose. Même si nous arrivons à faire le maximum d’économie en supply chain cela ne créera pas de valeur en soi. Il ne faut pas oublier que ce qui crée de la valeur dans une société réside dans le fait de proposer aux clients des produits répondant à un besoin. Par exemple Apple est une entreprise qui génère du profit grâce à l’originalité de ses produits avant tout et non pas par sa seule supply chain optimisée.
Ceci étant une supply chain performante représente pour une entreprise un avantage compétitif important.Nous avons déjà dit que sans une bonne gestion des opérations rien ne se concrétise au final.
Les économies générées par une supply chain performante se matérialiseront par plusieurs effets.
D’abord un taux de service élevé qui permettra de minimiser les opportunités perdues d’optimiser la marge commerciale. Nous retrouvons ici l’idée de transformer l’essai en concrétisant l’ensemble de l’effort fait par toute l’entreprise. (Retour sur investissement des dépenses industrielles, marketing …)
Ensuite les pénalités client seront faibles. Ce phénomène est surtout vrai dans la grande distribution avec des clients de plus en plus exigeants qui n’hésitent pas à facturer des pénalités très lourdes aux fournisseurs en cas de ruptures de stocks.
Aussi une supply chain optimisée permettra de dimensionner les stocks correctement. Cela aura pour effet de minimiser les besoins en fond de roulement pour constituer le stock. Il y aura aussi une diminution du coût d’opportunité inhérent à la création du stock. Pour mesurer cet impact, on utilise le WACC (weighted average cost of capital) qui est le taux d’intérêt attendu par les investisseurs. Ainsi en appliquant ce taux à la valeur des stocks, on peut observer le gain potentiel que l’on a perdu en utilisant la trésorerie pour le stock au lieu d’avoir investi.
Enfin un pilotage des stocks optimisé engendre une diminution du taux de démarque des produits. (Perte de fraicheur pour les produits alimentaires ou obsolescence pour les produits à cycle de vie court).
Il est donc tout à fait possible de mesurer les économies réalisées par la supply chain. Le plus souvent nous allons plus loin en faisant des simulations sur les économies potentielles en fonction des hypothèses prises sur des paramètres tels que le taux de service, le taux d’obsolescence, la couverture de stock, le remplissage des camions…
Enfin ces économies sont autant de ressource disponible pour la création de valeur dans l’entreprise.La supply chain n’est pas un centre de profit mais elle joue un rôle majeur dans la préservation de la valeur ajoutée créée par l’entreprise.

3/C’est vrai, mais la notion de parent pauvre revêt aussi cette considération dévolue au métier, la qualité des salaires à niveau équivalent etc… Comment appréhender cette question ? Que dire à nos futurs diplômés ?

Définitivement je ne pense pas que la supply chain soit le parent pauvre ou la cinquième roue du carrosse.
Ce que j’ai envie de dire aux futurs diplômés : « soyez sans complexe » !
Les entreprises comprennent maintenant que la logistique ne se résume pas seulement à la gestion des camions. La supply chain est un secteur qui s’est considérablement professionnalisé pour faire face à une complexité croissante. Il faut aujourd’hui être capable de gérer le stockage et la distribution d’un portefeuille de produits pléthoriques et cela sur des flux de plus en plus compliqués.
La supply chain est un métier d’expert qui a un rôle primordial à jouer. Il faut être à l’aise avec les systèmes informatiques de type ERP, être capable de s’adapter aux contraintes de production et des marchés.
Je constate que la supply chain est de plus en plus intégrée lors de lancement de produits ou bien dans les réflexions stratégiques à moyen terme.
Enfin mon dernier conseil aux futurs diplômés sera de leur dire de faire preuve de créativité afin de trouver de nouveaux axes d’optimisation.

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