Interview de M. Laurent Guihéry, responsable des études du Master TTE à Cergy-Pontoise

Réseau TLTE :
Bonjour Laurent, merci d’accepter notre invitation. Tu es le nouveau responsable du master TTE à Cergy Pontoise, pour planter le décor, que dirais-tu du master, de ta vision ou ton apport à ce sujet ?

Laurent Guihéry :

Bonjour, c’est moi qui vous remercie pour cette proposition, installez vous, prenez quelque chose. Je viens en effet d’intégrer le Master, arrivant de Lyon l’année dernière et pour commencer, je dirais que ce master s’inscrit en continuité avec ce qui a été fait auparavant avec Erwann Minvielle sur les thématiques de transport, de territoire et d’environnement. Cela comprend par exemple les questions de gouvernance locale, mais aussi le rayonnement de la filière sur Cergy-Pontoise et l’Ile-de-France. Ayant un parcours très européen, franco-allemand plus précisément, j’ai des contacts dans ce sens et compte ouvrir le master TTE sur l’Europe. Il y a déjà des voyages d’étude prévus en Europe, l’idée est d’en faire d’autres, de faire venir aussi des intervenants étrangers, c’est déjà le cas puisque l’an passé j’ai invité un professeur polonais [ Adam Przybylowski, Université Maritime de Gdnyia] pour participer à des discussions avec nos chercheurs et ma démarche consiste à renouveler ces expériences au sein du master.

 

Réseau TLTE :
Serais-tu intéressé par l’idée de développer des partenariats avec d’autres établissements supérieurs de transport en Europe ? Par exemple, des universités italiennes ou autres ?

Laurent Guihéry :

Bien sûr, mais cela plutôt à moyen terme. Immédiatement, il faut d’abord assurer la continuité ce qui est déjà un gros travail en terme de planning, de ressources aussi, puisque je reprends environ la moitié des intervenants et remplace ceux qui ont souhaité partir par d’autres intervenants du monde académique ou professionnel. Il y a bien continuité mais aussi déjà une inflexion par le renouvellement des équipes.

 

Réseau TLTE :
Est-ce que cela implique aussi des matières différentes ?

Laurent Guihéry :

Non, nous gardons la même plaquette pédagogique. Il n’y a pas de changement de prévu mais je souhaite animer les étudiants par des groupes de travail autour de thématiques désignées. Par exemple, et ceci est important pour la newsletter ainsi que pour les étudiants qui cherchent à s’orienter, l’Université nous demande de nous inscrire dans tout ce qui fait sur la vallée de Seine. C’est-à-dire de nous pencher sur tout le corridor Vallée de Seine – passager et fret- et avec cela, les bassins d’emploi, l’accessibilité des plateformes logistiques, les liens avec le transport urbain, les réseaux ferroviaires d’accessibilité avec les T.E.R. etc. Tout ceci est lié, mais ce qui importe c’est que l’on ait un grand projet de recherche sur la vallée de Seine. Il y a une vidéo [https://www.u-cergy.fr/fr/recherche-et-valorisation/experts/ville-mobilite-urbaine/laurent-guihery.html] que je vous invite à regarder sur le site de l’université où j’en parle.

 

Réseau TLTE :
Groupes de travail, grand projet de recherche, est-ce qu’il y a des sujets qui sont déjà ciblés ?

Laurent Guihéry :

J’ai une expérience de travail avec Anvers et Rotterdam où j’ai participé à des projets européens, aussi je pense à des axes de travail dans ce sens. Mais aujourd’hui nous disons : quid des effets en termes d’urbanisme, de gouvernance des politiques locales, de coordination des politiques d’accessibilité entre les différentes agglomérations sur les pôles logistiques autour de la vallée de Seine ? Le Havre, Rouen, Cergy, Achères, Gennevilliers.

 

Réseau TLTE :
L’objectif est d’orienter les étudiants vers ces secteurs de recherche ou de répondre à une exigence au-delà de l’Université qui serait régionale, nationale ?

Laurent Guihéry :

C’est parce que désormais dans le monde universitaire contemporain, nous ne pouvons plus tout faire comme on le faisait avant. C’est-à-dire que « l’universalisme de l’Université », qui excelle sur tous les sujets, en littérature, en géographie, en économie etc. c’est fini d’une certaine façon.

 

Réseau TLTE :
Tu n’es pas en train de dire que la Sorbonne est finie quand même ?

Laurent Guihéry :

Ah non, je n’ai pas dit ça ! Nous avons des formations généralistes mais ce que je dis c’est que les universités vont apparaître dans le paysage européen sur des points de compétence : Cergy-Pontoise, c’est le transport. Dans le transport, il y a le transport urbain, avec le parcours EDRTP, il y a la logistique avec le master logistique [ML] et il y a les questions territoriales de recherche avec le Master 1 et 2 TTE que je gère.
Alors, il y a plusieurs pistes, mais une qui est importante : nous sommes dans une communauté d’universités, avec l’ESSEC et une dizaine d’établissements du supérieur de Paris Ouest, qui ont une dynamique autour de la vallée de Seine. Le but est de créer un corridor, voie d’eau et ferroviaire -on parle ici de conteneur sur des trains (transport multimodal) car actuellement c’est plus de 90% des transports qui sortent par le camion du port du Havre ce qui n’est pas très compatible avec la COP 21. L’idée est de remettre nos ports au niveau des ports de Hambourg et de Rotterdam. Aujourd’hui le Havre c’est 1,7 million de conteneurs par an contre 11,12 pour Rotterdam et 8 pour Anvers. On peut augmenter un peu la part du Havre. C’est un projet d’université, de l’agglomération et plus stratégique encore puisqu’il y a un préfet chargé à la vallée de Seine, c’est donc un projet d’Etat finalement. Au regard de mes travaux antérieurs, je trouve très pertinent de réfléchir en terme d’impact sur le transport public, la gouvernance locale, l‘urbanisme et l’aménagement pour les étudiants TTE.
C’est une piste. Il y a aussi une piste européenne, évidemment, de comparaison franco-allemande, entre autres. Nous avons une doctorante, Melle Rousseau, qui travaille sur la comparaison du Grand Paris – Grand Berlin par exemple.

 

Réseau TLTE :
Si on devait se projeter à moyen terme, est-ce qu’on peut imaginer un laboratoire qui viserait à réunir les chercheurs de divers horizons sur ces thématiques de développement ?

Laurent Guihéry :

Le pilotage de tels choix se fait au-dessus de moi. Je suis un acteur de la solution mais le niveau dont vous parlez ici est politique, il y a la présidence de l’Université, les universités, le Rectorat etc. A la limite c’est trop politique et cela ne m’intéresse pas trop. Les politiques ont décidé de faire bouger Paris Ouest autour de l’axe Rouen –Le Havre.

 

Réseau TLTE :
Cette démarche vient pour pallier l’ouverture de l’axe Seine-Nord ou y a-t-il d’autres visées finalement ?

Laurent Guihéry :

Pour moi la question de l’axe Seine-Nord est facile. C’est un peu comme pour la mer, il ne faut pas regarder les ports mais plutôt les bateaux et les marins. Ce sont eux qui font la mer, non pas les infrastructures mais bien des gens qui sont capables de partir en mer avec des bateaux et naviguer…. Pour Seine Nord, je dirais qu’il n’y a plus de batellerie française, en tout cas une batellerie qui n’est pas au niveau d’Anvers ou de Rotterdam. Vous savez que 40% du fret néerlandais se fait par voie d’eau et c’est 30 à 40% pour les belges. Il faut voir avec ça la taille des péniches, les motorisations, les gens et leur compétence, les écoles de formation,…. Seine Nord est un beau projet européen. Pourquoi pas ? Mais la France ne peut pas gagner. Ne serait-ce que la batellerie belge va descendre en masse pour venir livrer Paris. En tant qu’européen je suis très content, en tant que français, je vois que l’on va venir abimer nos rivières, avec les problèmes environnementaux que cela implique comme élargir l’Oise par exemple, creuser certains fonds, faire des ouvrages d’art. D’ailleurs, c’est un sujet qu’il faut aborder car précisément, on prévoit de ne pas trop toucher à la hauteur des ponts pour limiter « de facto » le flux des grandes péniches du Northern Range. Donc on va faire un projet extrêmement cher mais dont tous les tenants et aboutissants européens ne sont pas prévus. Pensé comme tel, cela amène un renforcement d’Anvers et on s’oriente vers un lent déclin du Havre. Le projet Seine Nord ne nous est pas favorable directement. Et on risque d’empêcher de faire passer des bateaux sur un truc tout neuf qui a coûté des milliards parce que les conséquences seraient dramatiques pour l’environnement. Le Havre peut trouver sa place avec – je dis bien avec et non contre- Anvers ou Hambourg. La Seine est sous utilisée et le fret ferroviaire est en mauvais état ; il y donc à faire.

 

Réseau TLTE :
D’autres projets ?

Laurent Guihéry :

Oui, autour de thèmes de la communauté d’agglomération. J’ai monté un groupe de travail sur la logistique urbaine à Cergy-Pontoise. La communauté réfléchit à un schéma pour optimiser les flux logistiques sur la dalle de Cergy ville nouvelle. Il y a de place en souterrain, il y a des entrepôts, donc on va faire un groupe de réflexion sur les circuits logistiques, le dernier kilomètre et il y a un exemple que je connais bien c’est la Postdamer Platz à Berlin. Là-bas ils ont mis des raccordements d’autoroute qui desservent directement les grands magasins grâce à une gigantesque plateforme souterraine où viennent s’alimenter les grandes marques. Tout se passe en arrière-plan donc quand on se balade, on ne voit rien.

 

Réseau TLTE :
Dans ce genre de cas pratique est-ce qu’un intervenant de la ville est impliqué et quels sont les échanges avec nos universitaires ?

Laurent Guihéry :

Oui bien sûr et la bonne nouvelle c’est que la communauté d’agglo a recruté un alternant. Je suis aussi membre du groupe de travail sur la logistique urbaine où j’ai fait deux présentations. Nous avons deux étudiants qui y sont en stage. Je dirais que je suis au service de la collectivité mais en étant indépendant.

 

Réseau TLTE :
Où étais-tu avant de venir sur Paris ?

Laurent Guihéry :
A Lyon, au laboratoire d’économie des transports.

 

Réseau TLTE :
Que penses-tu du réseau TLTE, qu’aimerais-tu y voir ?

Laurent Guihéry :

C’est une très bonne idée de s’activer dans ce sens. Je pense qu’il faudrait bâtir des liens européens. Voir chez des partenaires belges, néerlandais, avec cette idée de façade nord et dans le but de connecter d’autres masters TTE. J’ai dirigé un master franco-allemand à Leipzig et les étudiants ont monté une association de part et d’autre de la frontière. Ils ont pu monter pleins de projets. Pour faire connaître ce qu’il y a en France, favoriser les échanges d’étudiants. Vous pourriez aussi être présents au salon SITL. Tout le monde est là et c’est une bonne occasion de créer du réseau. Il y a aussi le salon eco-mobilité à l’intérieur qui est intéressant pour attirer des anciens, des partenaires étrangers etc. Je suis disposé à vous aider pour tenir un stand à l’un de ces salons.

 

Réseau TLTE :
Comment devient-on Laurent Guihéry ?

Laurent Guihéry :

Alors là… Travailler, y croire et puis être passionné à la base. Il faut être passionné de transport, l’enseigner, rechercher. J’ai été attaché à l’Institut français de Hanovre comme coopérant (V.S.N.A.), cela m’a beaucoup servi en fait j’ai développé une très forte compétence sur l’Allemagne. J’ai fait ma thèse sur l’Allemagne et mon habilitation de recherche sur le chemin de fer allemand. Ca m’a donné une ouverture d’esprit sur l’Europe. Durant cinq années, je n’ai fait que des projets européens, lorsque j’étais au L.E.T. [devenu L.A.E.T Ndlr] autour des différents corridors européens.

 

Réseau TLTE :
Si tu devais donner un thème de recherche pour un mémoire ou une thèse, que dirais-tu ?

Laurent Guihéry :

La gouvernance territoriale dans le Grand Paris et le Grand Berlin. Nous avons une doctorante qui démarre sur ce sujet. Notre intérêt est porté sur tout ce qui est comparaison ou benchmark européen.

 

Réseau TLTE :
Merci beaucoup Laurent d’avoir bien voulu participer à cet exercice !

Quelques repères :
Les chiffres clés de la Vallée de la Seine
Lien vers le site du Master (parcours TTE Cergy)
Présentation de la formation

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