Flash TLTE: Interview de M. Patrice Salini 1/2

Peux-tu nous dire en quoi consiste ton métier ?

Actuellement je suis encore un peu consultant (économie des transports) et j’écris des articles pour la presse professionnelle. A vrai dire je suis plus que semi – retraité. Le travail de consultant consiste – pour ce qui me concerne – à travailler très majoritairement pour le compte de collectivités ou organismes publics (ce qui n’exclut pas le privé) dans le cadre d’études qu’ils souhaitent sous-traiter. Je mêne également des travaux de recherche – qui sont parfois subventionnés -. Mon travail journalistique consiste essentiellement à écrire des chroniques fondées sur mon travail de veille. J’attache beaucoup d’importance à la déontologie : dire ce qu’on constate, livrer son analyse, et non celle que le client s’attend ou souhaite entendre. Une question, pour moi, d’honnêteté et de rigueur.

 

Quel chemin as-tu parcouru pour en arriver là?

Une remarque pour commencer. J’ai toujours travaillé dans les transports….mais à l’université, en Maîtrise et en Troisième cycle je voulais faire de l’urbanisme. Comme quoi l’essentiel c’est bien la formation générale ! – Pour moi l’économie et la gestion à Dauphine, et un peu de Sciences politiques à la Sorbonne. Ce que je fais aujourd’hui résulte d’une suite très logique. J’ai toujours écrit dans les journaux, puis collaboré à des revues. Mon cœur de métier a pratiquement toujours consisté à mener des études dans le domaine des transports. Ce qui ne m’a pas empèché d’avoir des fonctions plus politiques (directeur du cabinet du secrétaire d’Etat aux Transports), administratives (à ce qui était la direction des transports terrestres du ministère) et à diriger l’Observatoire Economique et Statistique des Transports (en gros, l’Insee des des transports quoi), et quelques autres fonctions …
Quand j’en ai eu assez de tenter de faire bouger les choses dans la fonction publique, j’ai décidé de me mettre à mon compte. Mais je ne regrette rien, ça n’est pas mon caractère.

 

Quelle(s) difficulté(s) est-ce que tu rencontres dans l’exercice de ton métier ?

A vrai dire, spontanément j’ai envie de dire aucune. En fait, c’est faux. Le métier d’homme d’étude est toujours ambivalent : c’est enthousiasmant, au sens où on apprend des choses sans cesse, et on peut avoir l’impression d’apporter aux autres expertise et réflexion. Mais il est plus difficile d’échanger, de partager, et surtout de faire prendre en compte le fruit des travaux menés. Il faut, sans doute, se battre et radoter un peu. Autre difficulté : certains clients paient très lentement, avec grand retard. Enfin, les formalités d’appel d’offre sont bien complexes, et parfois un peu ridicules. Alors, oui, parfois, le métier est moins drôle.

 

Quel message voudrais-tu faire passer à nos lecteurs ? Y a-t-il un élément de ta vie professionnelle que tu souhaiterais souligner ?

Je crois que la noblesse des métiers d’étude est de ne pas partir de certitudes, mais de questions. Les siennes, celles du client, mais aussi celles que suscitent les idées reçues, les certitudes des autres, et souvent des clients. L’esprit critique, la remise en cause, sont des ingrédients indispensables à l’exercice de ce métier. Certains s’y refusent, pour se laisser porter par l’air du temps. C’est pour cela, qu’il s’agisse de privé ou de public, que je suis favorable à ce que j’appelle l’évaluation pluraliste et transparente . Autant mettre sur la table les divergences les débats entre experts que de se fier à un seul.

 

As-tu des activités extra professionnelles qui t’intéressent ou te passionnent ?

Oui, mais elles changent avec l’âge. Quand j’étais jeune, j’étais rugbyman, puis j’ai entrâiné, des jeunes, puis des adultes. C’est sans doute l’activité qui m’a le plus apporté sur le plan humain et émotionnel . Le rugby c’est, comme on dit, l’école de la vie. Mais on a toujours des activités non professionnelles, voulues, consenties ou imposées. Quand on fait de la politique, du syndicalisme, de la gestion de copropriété – j’ai fait un peu tout ça -, ou qu’on passe du temps en famille, qu’on se promène, c’est volontaire. On s’engage, on s’investit. Ne rien pouvoir faire, résulte parfois de circonstances. Le temps libre et la liberté sont un luxe que certaines personnes n’ont hélas pas !

 

Qu’est-ce que tu penses du réseau TLTE et qu’aimerais-tu y voir ?

 

Je n’ai pas d’image très claire. Ce sera et c’est ce que vous en faites, et plus encore, ce que vous êtes. D’expérience, je sais que les réseaux – sauf dans les grandes écoles élitistes – ont du mal à prospérer en France. Il y a un mieux, mais qui parfois s’apparente à une copie de ce qui se fait dans les grandes écoles, le pouvoir en moins. Un peu d’entraide de solidarité etc, n’ont de sens que si il y a un minimum de valeurs communes et une certaine qualité de formation et qualité humaine. On a ça aussi dans le sport, les associations etc. La capacité à se doter d’une identité forte, qui fait sens pour les membres du réseau et à l’extérieur, conditionne la résussite du réseau.

 

Si tu devais désigner une filière d’activité, un mode de transport ou un marché de demain, qu’est-ce que tu suggèrerais à nos lecteurs ?

 

On peut toujours tenter d’ête devin…Mais ma conviction est que mieux vaut être un tout bon, imaginatif, innovant, créatif, etc.. sur un petit marché difficile, qu’être le dernier sur le marché en croissance sur lequel tout le monde se précipite.   Il faut, je crois, se poser toujours la question de savoir ce qu’on aime faire, ce qu’on fait bien ou peut faire bien, et avec envie et enthousiasme, plutôt que de chercher à suivre l’air du temps et contribuer aux embouteillages.
Quand des étudiants me posaient la question de savoir s’ils devaient ou non aller travailler chez tel ou tel, je me donnais deux objectifs principaux : donner le maximum d’informations en ma possession, et insister sur mes doutes, mes incertitudes, et faire exprimer le souhait profond de celui qui m’interroge. En gros éviter les grosses erreurs – sans complaisance -, et soutenir les désirs, les envies, les défis des étudiants. Souvent faire un (bon) choix, c’est oser s’avouer son souhait profond.
J’ai eu des étudiants créateurs d’entreprises. Certains ont fait des erreurs, avec enthousiasme, mais des erreurs. On ne peut les empécher, juste prévenir, informer, former. Et avoir conscience que l’on peut aussi faire erreur, tout enseignant, expert ou chercheur qu’on soit.

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