L’Agora : la parole à Julie Senard, Consultante Supply Chain

Nous sommes mercredi 10 juillet 2013, je suis avec Julie Senard, Consultante Supply Chain chez Accenture, bonjour Julie !

Julie : Bonjour !

Peux-tu nous en dire plus sur ton métier ?

Je suis consultante et j’exerce ma profession depuis 2006. J’ai d’abord commencé par un cabinet qui s’appelle CSC dans lequel je suis restée six ans. Les missions proposées y étaient très éclectiques, ça allait du secteur de l’automobile aux compagnies aériennes en passant par le ferroviaire, la distribution ; avec des problématiques toujours très différentes en terme de logistique.

Il s’agissait essentiellement de missions courtes de conseil, allant de deux à six mois environ, à l’exception de cette dernière mission que j’ai effectuée chez Airbus à Toulouse où je suis restée dix-huit mois, ce qui m’a donné envie de rester à Toulouse et, de rejoindre Accenture Toulouse où je travaille essentiellement sur des problématiques liées à l’aérospatial.

En sortant de ta formation TLTE tu as commencé par du conseil ou tu es passée par d’autres étapes ?

Pour récapituler mon parcours post-bac, j’ai commencé par une école de commerce que j’ai faite en cinq ans qui m’a donné une formation assez généraliste. J’ai eu la chance de réaliser mon stage de fin d’études au cabinet du secrétaire d’état aux transports et à la mer (à l’époque, Dominique Busserau), cela m’a sensibilisé au transport et m’a incité à compléter ma formation par ce DESS en transport et logistique. J’ai ensuite démarré dans la vie active dans la filiale discount du groupe Carrefour, où je suis restée un an et demi. J’ai vite pris le chemin du conseil, un métier qui me passionne, tout d’abord chez CSC, qui m’a permis de voir un panel important de projets et qui m’a conduit ensuite chez Accenture où je travaille désormais.

C’est un métier que j’adore, bien que j’atteigne désormais un stade de ma vie où, en tant que femme je trouve encore que travailler dans le transport et la logistique n’est pas toujours évident, aussi, je me suis décidée de me lancer dans un MBA au mois de novembre.

Un MBA pour booster ta carrière… Tu sais que l’E.S.T. lance un MBA transport pour cette rentrée. Est-ce que tu as choisi ton établissement ?

Alors, je ne savais pas pour l’E.S.T. cela dit mon choix s’est déjà porté sur l’I.E. (Instituto de Empresa) à Madrid. Il est classé 8e dans le classement mondial du Financial times et je suis très heureuse de pouvoir l’intégrer. J’espère que cela va me permettre de plus évoluer dans ma carrière et de travailler à l’international ce qui me tient à cœur.

Tu es déjà experte tout de même, qu’est-ce qui t’as conféré cette expertise dans ton parcours ? L’école de commerce, la filière TLTE ou l’expérience seulement ?

L’école de commerce m’a donné une vision assez générale de l’entreprise mais à l’âge où l’on fait ces écoles, on n’a pas forcément assez de recul sur le vaste panel d’activités. Mon stage auprès du ministre a été décisif. Je me suis donc spécialisée dans le transport et la logistique car c’est à mon avis ce qu’il y a de plus important dans une entreprise, bien que ce soit quelque peu « le métier du pauvre ». C’est un domaine qui, dans l’industrie, ne correspond pas à un cœur de métier, et les gens l’apprennent sur le terrain non pas dans les études. Tout ce qui touche aux problématiques, aux contraintes et aux opérations ne sont bien évidemment pas aux programmes des écoles. En ce sens, je dirais que mon expertise a surtout été acquise au fil des missions que j’ai effectuées chez la quinzaine de clients qui jalonnent mon parcours dans le conseil.

Le point que tu soulèves est justement l’objet du travail du Réseau TLTE puisque nous visons d’apporter aux étudiants et aux membres en général un certain nombre d’outils soit techniques soit en terme d’études de cas pour densifier l’expérience des premiers et améliorer le savoir-faire des seconds. Comment est-ce que tu vois la chose ?

Je pense que les études de cas devraient être beaucoup plus intégrées dans les parcours universitaires pour éviter de garder une vision théorique en décalage avec la réalité professionnelle. L’approche pragmatique est à promouvoir. C’est une des valeurs ajoutées des MBA. Sans études de cas, on ne peut pas développer la notion d’audit des processus nécessaire à l’amélioration continue des pratiques de l’entreprise. C’est primordial et c’est une des difficultés dans l’enseignement supérieur et universitaire.

Justement, quelle(s) difficulté(s) est-ce que tu rencontres dans l’exercice de ton métier ?

Comme je le disais précédemment, le principal problème est que le transport et la logistique ne sont pas des domaines dans lequel on investit énormément. J’ai eu la chance de travailler pour de très grands comptes, investir leurs budgets quasiment essentiellement dans la recherche et le développement, et oublier la dimension du transport et de la logistique dont les processus sont obsolètes. Cela s’explique parce que la supply chain est un centre de coût et la métamorphoser est particulièrement onéreux. Pour beaucoup de filière l’important est plutôt d’être les champions de l’innovation et peu importe si on est capable de livrer dans les deux jours. Ainsi beaucoup de clients mettent de côté la logistique et n’investissent pas dans la supply chain, surtout dans ses aspects transport et logistique.

Pourtant les leviers financiers générés par un fort taux de service sont énormes. Il est possible de valoriser les effets de la logistique sur le volume des ventes, non ?

C’est difficile de valoriser les effets du transport et de la logistique sur le chiffre d’affaire car ce n’est pas palpable. Bien sûr, on peut calculer les gains sur des achats, l’amélioration de processus, le besoin en ressource pour gérer un entrepôt par exemple mais en général, l’impact global de la logistique reste difficilement calculable. Et l’idée de bénéfice n’est pas associée aux opérations de logistique.

As-tu des activités extra professionnelles qui t’intéressent ou te passionnent ?

Je dépense une part importante de mes revenus dans les voyages! J’adore les voyages parce que cela apporte une culture exceptionnelle et une ouverture d’esprit. Dans mon métier, ça m’a aussi permis de voir les moyens de transports, les services apportés, etc. La notion de service, qui est de pire en pire en France, est souvent bien meilleure dans les pays émergents. Plus généralement, ça me permet de voir les lieux de vies, les activités des gens, la manière de consommer, comparer les prix, c’est un pur apport culturel, économique et social ! Et j’aime visiter particulièrement les pays non tant convoités par les touristes comme dernièrement l’Iran, le Guatemala, le Nicaragua…

Qu’est-ce que tu penses du réseau TLTE et qu’aimerais-tu y voir ?

Je ne connaissais pas le réseau ! Je ne savais pas qu’il éditait une newsletter trimestrielle ! D’ailleurs, je n’ai pas reçu les précédentes et j’apprécierais d’être dans les listes de diffusion. Je n’ai plus de contacts avec l’équipe pédagogique du master, qui a bien changée, donc je ne sais pas ce qu’il s’y fait mais il y a beaucoup d’améliorations à y apporter de mon point de vue. Par exemple de créer un réseau des anciens ! Bon c’est chose faite.

Si tu devais désigner une filière d’activité, un mode de transport ou un marché de demain, qu’est-ce que tu suggèrerais à nos lecteurs ?

Sans hésitation je dirais l’Aerospace & défense ! Ce secteur marche très bien. Et ce que je trouve particulièrement intéressant, c’est la vision long-terme ! Pour donner un exemple, lorsqu’une compagnie aérienne commande un A380, il n’est livré approximativement que dix ans plus tard – dû au nombre de commandes et au délai de production. Avec notre besoin actuel d’avoir tout et tout de suite, je trouve génial de bâtir une stratégie commerciale à moyen/long-terme et être capable de dire aujourd’hui j’achète 80/100 avions qui ne me seront livrés que dans 10/15 ans. C’est un vrai challenge ! Et cette visibilité à long terme pour les industries en Europe est une chance en termes économiques.

Pour le mode de transport, je dirais le ferroviaire. Malheureusement, je le trouve assez mal géré en France. J’adore le train et j’ai toujours aimé ce mode bien que je ne l’utilise quasiment plus car j’ai été beaucoup trop mécontente ces derniers mois depuis que je vis à Toulouse. Or, s’il y a bien un moyen de transport à valoriser c’est celui-ci. Je pense que la vision stratégique de nos politiciens est à trop court terme pour planifier pertinemment des projets d’envergure qui structurent le pays ou l’Union européenne. J’aimerais que l’on ait plus de dirigeants à l’image de Louis Gallois qui dénote par son ouverture et sa hauteur de vue.

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